Le solitaire n’est pas né avec Windows. Il désigne une famille de jeux de cartes pour une personne, souvent appelés patiences, dont les traces écrites remontent à la fin du XVIIIe siècle en Europe du Nord. Les livres de règles, puis les ordinateurs, ont diffusé certaines variantes jusqu’à en faire des habitudes quotidiennes.

Les recueils ont fixé les dispositions et les règles ; les programmes ont ensuite pris en charge le mélange, la distribution et le rangement. Cette facilité d’usage explique une partie de la continuité entre les patiences jouées sur une table et celles jouées à l’écran.

Période ou date Repère
Fin du XVIIIe siècle Des descriptions de patiences circulent en Europe du Nord
1869 et années 1870 Des recueils américains et britanniques diffusent les règles
1907 « Seven-Card Klondike » figure dans une édition américaine de Hoyle
1978 La création du FreeCell informatique de Paul Alfille sur PLATO est généralement datée de cette année
22 mai 1990 Solitaire accompagne Windows 3.0
1995 FreeCell atteint un large public avec Windows 95
1998 Spider est proposé dans Microsoft Plus! 98
2000 Spider est intégré à Windows Me
2012 Microsoft Solitaire Collection réunit plusieurs variantes

Les premières patiences

L’origine exacte des patiences demeure inconnue. Les premières références identifiées se situent en Allemagne et en Scandinavie à la fin du XVIIIe siècle. Le mot français ne prouve pas une invention française : le français était alors employé dans les milieux cultivés d’une grande partie de l’Europe du Nord.

Parmi les premières descriptions connues, Pagat cite le recueil allemand Das neue Königliche L’Hombre-Spiel, dans une édition de 1797, page 198. Ce repère documente une pratique déjà existante, sans en dater l’invention.

Le jeu décrit ne correspond pas exactement au Klondike solitaire actuel : deux personnes jouent à tour de rôle, tandis que d’autres peuvent observer le résultat. Ce document atteste la circulation d’une forme de patience, sans établir l’invention de toute la famille.

Au XIXe siècle, les recueils rendent ces jeux plus faciles à transmettre. Patience: A Series of Games with Cards, d’Ednah Cheney, paraît aux États-Unis en 1869. Les ouvrages illustrés de Lady Adelaide Cadogan se diffusent en Grande-Bretagne dans les années 1870. Une édition ultérieure de son recueil est consultable sur Project Gutenberg.

Ces livres donnent des noms, des dispositions et des règles reproductibles. Leur rôle est de fixer et de faire circuler des jeux, pas nécessairement de les inventer.

Pourquoi « solitaire » peut désigner plusieurs choses

Dans l’usage britannique, patience est longtemps resté le terme habituel. Aux États-Unis, solitaire s’est imposé pour les jeux de cartes à un joueur, alors que le mot pouvait aussi désigner d’autres activités individuelles.

Cette différence explique une ambiguïté encore présente : « solitaire » désigne parfois toute la famille, et parfois uniquement le Klondike. Microsoft a renforcé ce second sens en distribuant sous le nom Solitaire un programme qui jouait précisément au Klondike.

Un guide qui annonce les « règles du solitaire » doit donc préciser sa variante. FreeCell, Spider et Klondike partagent une partie du vocabulaire, mais leurs déplacements et leurs objectifs intermédiaires diffèrent.

Les origines incertaines du Klondike

Les sept colonnes, les quatre fondations et les 24 cartes de la pioche rendent aujourd’hui le Klondike immédiatement reconnaissable. Son inventeur, en revanche, n’est pas documenté.

Le récit d’une naissance parmi les chercheurs d’or du Klondike pendant la ruée de 1896 à 1899 est souvent répété sans preuve contemporaine suffisante. Les noms compliquent aussi l’histoire : les anciens recueils emploient « Klondike » et « Canfield » pour des jeux que les références modernes distinguent.

Une forme proche du jeu actuel apparaît sous le nom « Seven-Card Klondike » dans l’édition de 1907 de Hoyle’s Games. Ce document permet de situer des règles ; il ne permet pas d’identifier leur inventeur.

La structure du jeu explique sa bonne adaptation à l’écran. Les cartes cachées maintiennent l’incertitude, les suites rouge-noir créent des choix et la pioche offre d’autres possibilités lorsque le tableau paraît fermé.

FreeCell et le système PLATO

L’histoire informatique de FreeCell est plus précise. Baker’s Game, présenté par Martin Gardner en 1968, utilise des cartes visibles et des suites construites par enseigne. Le FreeCell moderne emploie des suites alternant rouge et noir.

Paul Alfille programme FreeCell sur le système PLATO de l’université de l’Illinois dans les années 1970. Michael Keller situe cette première version en 1978. En autorisant les constructions rouge-noir, le jeu offre davantage de possibilités de déplacement que Baker’s Game.

Dans son entretien de 2000, Alfille raconte avoir joué avec un vrai paquet avant de programmer le jeu. Il voulait aussi comprendre quelle proportion des donnes pouvait être gagnée. PLATO permettait déjà de conserver des résultats et des séries de victoires, dans un environnement partagé entre utilisateurs.

Jim Horne développe ensuite la version Microsoft. Son inclusion dans Windows 95 fait connaître FreeCell à un public bien plus large. Les numéros de donnes permettent de comparer exactement les mêmes positions et contribuent aux travaux collectifs sur les 32 000 donnes d’origine. Le guide des numéros Microsoft détaille cette histoire.

Spider avant et après Windows

Spider utilise deux jeux et demande de compléter des suites du roi à l’as dans une même enseigne. La version classique utilise les quatre enseignes. Les variantes à une et deux enseignes simplifient la gestion des suites et permettent de découvrir les règles avec moins de combinaisons à suivre.

L’origine précise de Spider est moins documentée que celle du FreeCell informatique. Le jeu figure toutefois dans des recueils de patiences avant son adaptation par Microsoft.

Microsoft annonce Spider dans le complément Plus! 98, commercialisé en 1998. Il est ensuite inclus dans Windows Me en 2000, puis dans d’autres versions de Windows. Cette diffusion rend familiers le tableau à dix colonnes et le choix entre une, deux ou quatre enseignes.

Le Solitaire de Windows 3.0

Windows 3.0 sort le 22 mai 1990 avec Solitaire. Wes Cherry écrit le programme, et Susan Kare réalise les graphismes des cartes. Son portfolio consacré aux cartes de Windows 3.0 montre un travail adapté aux écrans de faible résolution et au nombre limité de couleurs.

Le programme a aussi une fonction pédagogique dans son contexte. Microsoft explique, dans son histoire publiée pour le trentième anniversaire, que déplacer les cartes aidait les utilisateurs à apprendre le glisser-déposer avec la souris.

Des jeux installés aux navigateurs

Microsoft Solitaire Collection apparaît en 2012 et réunit Klondike, FreeCell, Spider, Pyramid et TriPeaks. Microsoft le rappelle dans son historique de 2018.

En 2020, l’entreprise annonçait plus de 35 millions de joueurs mensuels et plus de 100 millions de parties par jour pour son offre Solitaire. Ce sont des chiffres publiés à cette date pour les produits Microsoft, pas une mesure actuelle de toutes les parties de solitaire dans le monde.

En parallèle des logiciels Windows, les versions pour navigateurs et téléphones ont élargi les façons de jouer. Les écrans tactiles ont conservé le geste direct de déplacer une carte, tandis que les graines reproductibles ont facilité le partage des donnes.

Ce qui continue de changer

Les dispositions restent reconnaissables, mais les détails varient : une ou trois cartes tirées, nombre de recyclages, retours depuis les fondations, indices, annulations et filtrage des donnes résolubles. Il faut connaître ces règles avant de comparer deux versions.

Sur Cards4.net, les donnes reproductibles permettent de reprendre la même position, et les défis quotidiens de comparer plusieurs façons de la résoudre. Tu peux retrouver les règles du Klondike ou le glossaire pour relier cette histoire aux jeux actuels.

L’ordinateur a changé la distribution et le suivi des parties. Il a conservé le problème qui donne leur intérêt aux patiences : comprendre comment une disposition de cartes peut être transformée jusqu’à son objectif.

Questions fréquentes

Dans quel pays le solitaire a-t-il été inventé ?

Aucun pays ni inventeur ne peut être établi avec certitude. Les premières références identifiées se situent en Europe du Nord à la fin du XVIIIe siècle.

Qui a inventé le Klondike ?

Son inventeur n’est pas documenté. L’histoire des chercheurs d’or reste incertaine ; des règles proches du jeu actuel apparaissent dans les recueils américains du début du XXe siècle.

Qui a créé FreeCell ?

Paul Alfille a programmé le FreeCell moderne sur PLATO dans les années 1970. Il appartient à la lignée de Baker’s Game, mais construit les suites en alternant rouge et noir.

Microsoft Solitaire apprenait-il à utiliser la souris ?

Oui. Microsoft explique que déplacer les cartes à l’écran aidait les utilisateurs à pratiquer le glisser-déposer, un geste encore nouveau pour beaucoup en 1990.

Le Spider à une enseigne est-il la version d’origine ?

Non. La forme classique utilise quatre enseignes. Les variantes à une et deux enseignes simplifient la gestion des suites.